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 Au dos du McDo [demi-lune]

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MessageSujet: Au dos du McDo [demi-lune]    Ven 15 Oct - 14:41

"...Cela dit, au revoir."

Yamari hocha la tête affirmativement. Il n'avait pas vraiment le cœur à répondre joyeusement à se manager. D'une manière générale, il n'avait pas le cœur à répondre à n'importe qui. Il regarda le responsable de ce magasin de restauration rapide partir. Une fois qu'il eut tourné au coin de la rue, Yamari resta encore quelques instants debout à laisser ses pensées voleter où elles le voulaient.

Puis, il s'assit lentement sur la marche en béton qui menait aux cuisines. Ils avaient été les derniers à partir, il n'y avait plus personne qui pouvait sortir de la porte derrière lui. Il se recroquevilla un peu, entourant ses jambes de ses bras et posa la joue sur un de ses genoux, regardant distraitement la quasi-inexistante agitation de la rue. A sa gauche, quelques poubelles émettaient une odeur de graillon, de viande avariée et de nourriture à demi mangées persistantes. Ces odeurs, Yamari les avaient subi une bonne partie de sa vie, il s'en serait à peine rendu compte si la fatigue ne l'avait pas autant accablé. Dans l'état où il sortait de cette journée de travail, l'état olfactif des alentours lui était complètement indifférent.

Il se redressa un peu et leva les mains à hauteur de ses yeux, les doigts légèrement écartés. A cette heure ci, il n'était plus certain qu'il restait une once d'empreinte digitale sur la pulpe de ses doigts. Lorsqu'il était venu le matin, on lui avait donné un poste de caissier. Mais il en fut vite retiré. Les gens parlaient trop vite, il se perdait dans les commandes, se trompait entre les produits, rendait la mauvaise monnaie. Après une demi-douzaine de clients, il fut vite relégué aux cuisines, à faire cuire les steaks.

Jamais il n'avait vu autant de viande de sa vie. Il avait cuit toute la journée déposant les steaks sur une plaque brûlante, devant les retourner sans cesse. Ce travail lui convenait pourtant mieux. C'était plus répétitif mais encore un peu trop pour lui. Il rendait régulièrement certains morceaux à l'état de charbon calcinés, il était trop lent. On l'avait gardé pour la journée mais le manager ne voulait plus le voir le lendemain.

Tout en continuant à regarder ses mains brûlées, Yamari regretta amèrement l'hôpital. C'était tellement plus rassurant là-bas. Ici, il se sentait complètement perdu. Heureusement que le moyai et Shigo lui apportait un peu de soutien mais il se sentait tout de même un fardeau pour eux. Après de longues minutes à tenir ses mains en face de son visage, l'ancien interné se rendit compte qu'il commençait à avoir mal aux bras. Par ailleurs, le froid tombant le fit frissonner. Il était temps de se lever et de retourner voir Shigo. Pourtant, il n'en fit rien, il laissa tomber ses bras sur ses cuisses et se mit à fixer le vide en attendant il en savait quoi.


Dernière édition par Yamari Satô le Lun 18 Oct - 17:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au dos du McDo [demi-lune]    Ven 15 Oct - 20:37

"J'attends la gueule béante, ma folie salivante."

Eths - Tératologie


Face, tu vis. Pile, tu meurs. Une chance sur deux. Nao fait alors voler la pièce qu’il a arraché des mains de son martyre. Il la rattrape sur la paume et la retourne ensuite sur le revers de sa deuxième main, qu’il laisse posée un instant sur la première. Un sourire mauvais s’empare de ses lèvres et il baisse les yeux sur sa chaussure. Ce n’est pas l’objet en soi qui est intéressant, mais ce qui se trouve dessous. L’insecte écrase une merde. Un tas de merde humain. Répugnant. Il appuie sa semelle sur sa joue, frissonnant de sentir la chair molle et, à l’origine, rebondie, tenter de fuir de tout côté. Il jubile de l’intérieur. Habituellement, il n’aurait pas cherché à torturer un pauvre type. Il l’aurait tué, silencieusement. Voilà tout. Mais, depuis qu’il avait couché avec ce parfait inconnu au regard voilé par ses verres teintés, il avait comme pris goût au massacre pur et maître d’une longue agonie. Parfois, il lui prenait l’envie de jouer avec sa nourriture, comme une envie de pisser.

Il reporte toute son attention sur le groupement sordide de ses mains. Elle renferme la mort en quelque sorte. C’est pour ça qu’il a récemment adopté cette technique de la chance, avec la pièce de monnaie. Elle n’est jamais truquée, puisqu’il la dérobe toujours à ses victimes. Enfin, toujours… C’est un bien grand mot : il ne s’agit là que de sa quatrième torture et les trois premières ont survécu. Comme quoi, la poisse l’habite. Mais ce soir, il sent. Il sait qu’il va voir la partie pile briller sous la faible lumière du lampadaire clignotant de cette vieille ruelle vide de tout. Il peut le capter au fond de lui et son esprit semble vouloir se remémorer son tout premier meurtre : celui de son père. Son palais et sa langue sont alors envahis d’un goût de fer, typique du sang. Il ne sait pas si c’est son imagination ou s’il s’est mordu la langue dans sa joie d’ôter la vie. Il a la sensation de sentir les entrailles glisser sur sa peau. Un long frisson dévale son échine, lui arrachant un spasme. Le choc est violent et il redescend enfin sur terre.

Il ouvre sa main. Pile. Il lève son pied et recule d’un pas. L’homme se redresse sur ses coudes. Nao hésite. Non pas à le tuer : la pièce a choisit pour lui. Mais sur le comment. Comment le buter ? Il tourne la tête sur le côté et aperçoit une barre métallique sur le sol. Il la prend et joue quelque seconde avec, la pesant, jonglant, mimant un combat d’épées. Il perd soudainement son sourire mauvais. Lentement, soulignant l’horreur de la scène, il regarde une dernière fois l’homme au sol. Ce dernier, voyant certainement son regard s’éclaircir de plus en plus, jusqu’à ne plus voir que du blanc, se tourne sur le dos et commence à ramper à l’envers, appuyé maintenant sur ses paumes. Le démon fait un pas à mesure qu’il recule un bras. Il entend la respiration de cette pauvre brebis devenir un sifflement, tellement sa panique le bouleverse. Pourtant, pour le méchant, elle le nourrit. Arrivé à hauteur de ses épaules, il donne un coup de pied – presqu’amical, quand on l’associe au reste du décor – dans un des avant-bras du gars. Celui-ci tombe à la renverse et s’étale complètement sur le dos.

Finie la torture. Nao lui sourit, gentiment. Puis, il place la barre métallique entre les deux yeux de son jouet. Même maintenant, le milieu du front a toujours été son point d’impact préféré. Cette résistance qu’offre le crane, avant le moelleux de la cervelle chaude. Un délice. L’homme passe alors à l’étape suivante, celle qui suit la fuite et le fait qu’il ait enfin réalisé que l’insecte ne comptait pas le laisser sain et sauf. Il se mit à supplier. Il étala sa vie d’une traite. Situation sociale, nombre d’enfants, avec les âges respectifs. Puis les problèmes financiers, qui entrainaient les problèmes dans son couple, qui faisaient même battre de l’aile son mariage, quand la crise était au plus mal. Et bien ! Le brun penche la tête sur la côté et relâche juste un peu la pression qu’il exerce sur son arme improvisée.

Encore une étape. Le voilà qui commence à prendre la confiance. Nao le fixe, la tête toujours penchée, l’écoutant parler. Déblatérer. L’ennuyer. Voilà que sa nourriture se met à pleurer. Il jette un rapide coup d’œil à son entre-jambe : il ne s’est pas encore pisser dessus, ce qui doit expliquer assez clairement le fait qu’il chiale maintenant. Il lâche un soupir, alors qu’il le voit maintenant jurer qu’il donnera tout, contre sa vie. Il est alors drôlement sympathique de voir à quel point les humains peuvent raccrocher leur vie à n’importe quoi : argent, biens matériels… Quelle valeur gâche-t-il à se chosifier comme ça. La proie finit par se stopper, quand elle sent la barre reprendre la même pression que précédemment. Le démon, de ses yeux diaphanes, ne l’a pas quitté une seule fois du regard – sauf quand il a regardé son pantalon. Un large sourire fend son visage en deux. Il attend encore un peu, juste le temps que l’autre comprenne qu’il n’a plus rien à tenter, puisqu’il va juste crever.

Pile, tu meurs. Nao enfonce alors la barre dans son crane. Sous l’effet de la lenteur de la mort, les yeux de l’inconnu commence à ressortir de leur orbite. Le crane défoncé laisse place au cerveau tout mou. Par pur esprit morbide, une fois son joujou cassé, l’insecte s’amuse à bouger verticalement la barre, avant de lâcher un rire bref. Il est étonnant de voir comme un bruit de succion bien gore peut faire ricaner un démon. Enfin, un comme celui-ci. Alors que son sourire trône toujours sur ses lèvres, il repense à une œuvre littéraire qu’il a lu et dit haut et fort le passage qui lui revient en mémoire :

"Cyclope, si jamais quelque mortel t’interroge sur ton affreuse cécité, dis-lui que tu la dois à Ulysse, Fléau des villes, fils de Laërthe et noble citoyen d’Ithaque !"


Puis un nouveau rire bref s’échappe de sa gorge. Face, tu vis. Pile, tu meurs. Une chance sur deux. Il jette la pièce sur le corps du défunt et fait volte-face pour gagner l’entrée de la ruelle. La grande rue sur laquelle elle débouche est quasiment toute dépeuplée. Il arrête pourtant ses pas, quand il voit, assis sur les marches, un blond. Il ne sait pas si c’est cette couleur de cheveux inhabituelle dans ce pays qui l’a stoppé ou bien l’enseigne du fast-food devant lequel il est installé. Un flash-back de sa victime lui revient alors en mémoire : il portait un badge indiquant qu’il était manager ici. Nao joue avec sa dreadlocks et s’avance vers lui. Il s’assoit sur la marche du dessus, à l’opposé de lui et s’allume une cigarette. Quand il relève la tête, il range tranquillement son briquet, avant de tirer une taffe.

"Quoi. Tu déprimes parce qu’il t’a viré ? Ou on t’a posé un lapin ?"


Il recrache la fumée qu’il avait conservée tranquillement dans ses poumons et tourne la tête vers ce parfait inconnu, pour le détailler. Pas top. Pas moche. Pas canon. Normal. Baisable. Et encore. Trop chétif, limite maladif. Un peu flippant quand on ne vit pas dans le quotidien de Nao. L’insecte commence à siffler entre ses dents, pour finir par perdre son regard dans le vide. Encore un qui va fuir. Ce qui ne va pas lui déplaire, puisqu’il s’en fout. Il tire une latte sur sa clope.
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MessageSujet: Re: Au dos du McDo [demi-lune]    Sam 16 Oct - 9:52

Regarder le vide est toujours rempli de constantes : les yeux sont grands ouverts, les paupières vivent leur vie, restant fixes ou jouant rapidement leur rôle, le regard pointait un lieu où la réalité n'était plus qu'une somme de tâches colorées sans signification. D'ailleurs, si l'une de ces tâches se mouvait, cela restait imperceptible à la conscience qui divaguait sur des sujets infinis et impossibles.

Il fallut attendre plusieurs secondes après la rupture du silence pour que l'esprit de l'humain revienne s'attacher sur ce bas monde. Plusieurs secondes pour que les paroles soient analysées par son cortex, plusieurs secondes pour qu'il se rende vraiment compte que sa solitude avait été brisée par la présence de cet inconnu.

Dans un premier temps, Yamari resta immobile, ses bras reposaient toujours sur ses cuisses serrées l'une contre l'autre, si repliées qu'il pouvait y poser son menton sans problème. Après tout, dans cette position recroquevillée, un peu fœtale, il se sentait bien. Cette immobilité physique ne retranscrivait pas son activité mentale. Le jeune ex-employé du fast food se demandait pourquoi 'on' avait bien pu s'approcher de lui, pauvre cafard inintéressant et pourquoi 'on' avait poussé l'audace -ou le courage ou tout autre sentiment -peut-être la curiosité, tiens- jusqu'à lui parler.

De là où son regard se dirigeait, l'humain ne pouvait voir la personne qui lui avait adressé la parole. L'envie lui vint un court instant avant de disparaître aussitôt. Après tout, pourquoi toujours regarder les gens ? Ce ne fut qu'après ce moment-là, qu'après que Yamari ait plusieurs fois aperçu la fumée d'une cigarette passer devant ses yeux, qu'après qu'il se fut posé ces questions plus ou moins inutiles qu'il se décida à envisager une réponse.

Ce fut encore après quelques instants à choisir ses mots et décider du contenu de ce son explication, après plusieurs longs autres instants après la question que sa réponse s'éleva dans les airs :

"Il n'y a pas lieu à déprimer pour la perte d'un emploi pour lequel nous ne sommes pas adapté. Je n'attends pas davantage un quelconque rendez-vous pas plus que je ne sois certain qu'on m'attende quelque part. Enfin, pour répondre à votre 'quoi', je poserai à mon tour une autre question : 'pourquoi ?' ou 'pour quoi ?' à votre guise..."

Ces mots avait été prononcés calmement, en articulant bien, d'une voix douce dans laquelle, effectivement, ne transparaissait aucune tristesse mais, curieusement, plutôt une espèce de satisfaction tranquille. Il avait légèrement relevé la tête fixant un arbre au feuillage tremblant, de l'autre côté de la rue. Pas d'autre mouvements, pas d'autres mots, une autre attente.
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MessageSujet: Re: Au dos du McDo [demi-lune]    Dim 17 Oct - 15:58

"Usé d'être incompris, de marcher à genoux."

Saez - Usé


Bien sûr. Il fallait que Nao commence à parler à un type paumé d’la vie. Il n’est pas doué en rapports sociaux. Il préfère de loin tuer et baiser. Parler n’est pas réellement dans ses cordes. Mais, ce soir, après ce meurtre si magnifique, il n’a pu s’empêcher d’aller aborder un inconnu. Il lâche un soupir. Immédiatement suivi d’un plus long. Il prend une bouffée de nicotine, puis il fait voler son mégot sur la chaussée. Il n’attend pas de réponse, mais une réaction aurait été normale. Enfin, qu’est-ce que la normalité pour un être qui peut devenir une libellule, dans le fond ? Il regarde ses ongles, avant de jouer avec sa dreadlocks. Que ce type garde le silence ne le dérange pas. Parler est une chose dont il peut très bien se passer. Lentement, il se laisse tomber vers l’arrière, se rattrapant sur ses coudes, appuyés une marche plus haut. Il fait tomber sa tête à la renverse, regardant l’intérieur du fast-food. Il imagine la foule qu’il y avait bien pu y avoir dans ce restaurant dans la journée, surtout pendant les moments de rush. Il regarde les comptoirs, puis les chaises et les tables… Voir tout cela à l’envers n’a rien de plus intéressant. Il se redresse, prenant son dos, pour que la circulation de son sang ne chamboule pas trop son équilibre. C’est à ce moment-là que le malade se décide à lui répondre.

La voix monocorde de ce gars donne un violent frisson à Nao. Pour un peu, il aurait l’impression de s’entendre parler. Mais juste pour le son de la voix. En plus d’être tombé sur un paumé, voilà que ce dernier philosophait. A ces heures perdues… Il devait sacrément perdre son temps pour sortir ça, tout aussi naturellement. Nao se relève, se postant devant lui. Il le détaille sans aucune gêne. S’il en avait eu le goût, il ne se serait certainement pas gêné pour le lever et l’observer sous toutes les coutures. L’aurait-il jeté ? Il incline la tête sur le côté et commence à aspirer bruyamment de l’air entre ses dents. Il finit par prendre appui sur le mur, juste en face de ce gars. L’épaule collé à la matière froide, il croisa les bras et darda son regard sur son visage.

"Le manager était un tantouse de toute façon."


Rien de plus. Il se contente de sourire. Un sourire non pas mauvais – il avait largement dépassé ce stade – mais plutôt malsain. Il se remémora les supplications de ce gras bedonnant, ses yeux qui tentent de fuir leur orbite, le fracassement de son crane qui faisait vibrer la barre métallique et le mou de son cerveau bien vide. Il laisse échapper un rire bref et passe sa langue sur ses lèvres, comme s’il allait attaquer un succulent repas. Mais tout n’était que le ressenti de son crime. Il se concentre de nouveau sur son interlocuteur. Encore une fois, il le détaille, s’attardant davantage sur ses mains et sur les marques du temps laissées sur son visage. Il n’a pas l’air vieux, mais simplement fatigué de la vie en elle-même. Limite, s’il n’était pas si démoniaque, tout cela pourrait l’attendrir. Limite.

L’insecte plisse les paupières et se penche un peu vers son voisin. Il prend appui sur ses genoux, les bras tendus, les doigts crispés sur ses rotules.

"Les humains blasés sont d’un ennui…"


Ces paroles sont plus pour lui que pour ce type. Et pourtant, elles réveillent quelque chose dans son esprit. Il ne sait dire quoi. Rapidement, il les chasse sans autre état d’âme et tente d’ôter le voile qui couvre ses yeux. L’odeur du sang frais empli encore un peu ses narines et ses iris n’ont pas encore retrouvés leur couleur naturelle. Il cligne plusieurs fois des yeux, se remettant correctement debout, pour reprendre sa position initiale : appuyé contre l’arrête du mur, les bras croisés. Il prit un air hautain, le regardant de haut.

"Si tu veux, je peux t’aider à sauter d’un pont ou d’un quai. Je peux aussi te fournir corde et tabouret."


Un sourire moqueur ourla ses lèvres. Moqueur ou provocateur, il ne sait le dire lui-même. Il s’en tamponne. Il veut juste faire un peu réagir ce clampin. De toute façon, il ment. Il ne prendrait jamais le temps de faire ça, pas même pour une personne qui souffre réellement. Puisque l'aider à s'ôter la vie serait comme la sauver, abréger ses souffrances et qu'il préfère de loin rester spectateur du malheur des autres, si ce n'est lui qui le cause.
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MessageSujet: Re: Au dos du McDo [demi-lune]    Lun 18 Oct - 20:47

"Le manager était un tantouse de toute façon."
Yamari ne bouge pas à ces mots. Il ne pouvait rien dire : au final, il ne connaissait pas cet homme. S'il avait su qu'il ne pourrait jamais le connaître... Il n'aurais sûrement pas bougé davantage. L'ancien interné se laissa regarder. Il sentait bien sur lui les pupilles de l'autre. Qu'à cela ne tienne ! Il n'avait rien à cacher dans son physique. Ou plutôt tout ce qu'il avait à caché se planquait sous ses vêtements. De plus, recroquevillé comme il était, l'autre ne pouvait certainement pas voir grand chose.

Ce fut la parole suivante qui provoqua un sursaut immédiat de la part du métis. Il releva immédiatement la tête, regardant pour la première fois cet individu qui l'avait apostrophé. Sans vraiment sans rendre compte, il répéta ses mots :

"Les humains blasés sont d’un ennui ?"

Seule l'intonation avait changée : elle était désormais mi interrogative mi-terrifiée. A son tour sa respiration se faisait plus bruyante.

"Les humains ?!"

Une main se leva et partit vers la joue du blond. Le claquement trancha dans le silence de la rue. Yamari s'était frappé lui-même.

"Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas possible !" s'exclama-t-il complètement horrifié tout en se levant
"Si tu veux, je peux t’aider à sauter d’un pont ou d’un quai. Je peux aussi te fournir corde et tabouret."
"Arrière, fragment de mon imagination ! Va-t-en et meurt dans les limbes ! Je ne suis pas fou, bordel !"
hurla-t-il en tendant le doigt vers le type à la dreadlock.

Évidemment le 'bordel' cassait un peu la réplique emphatique de l'ancien interné. Pendant sa convalescence, il avait nourri ses loisirs de littérature. Il lui en était resté quelque chose. De son séjour aussi, il lui en était resté quelque chose, notamment la peur de la rechute. Personne n'utilisait le terme 'humain' de cette manière. Personne si ce n'était pendant la phase de sa maladie. Les hallucinations qu'il avait eu étaient du même acabit : des personnages un peu dérangeant, qui manquaient d'humanité dans les sens propres et figurés du terme. Personne sauf lui. Il ne devait plus tarder à prendre ses médicaments.

Problème : il avait peur de tourner le dos à son hallucination. Il avait peur qu'en ne le regardant plus, il ne tombe dans un abîme sans fond. Problème : en continuant à le regarder, il ne disparaissait pas non plus. Là, le métis regardait furieusement l'autre, avec un air 'approche moi, je te tue'. Il était tendu comme un arc, les poings serrés contre sa poitrine comme prêt à frapper.

"Dégage fumisterie. T'as aucun droit d'exister : j'ai continué mes médocs."

Yamari ne se comportait jamais comme cela en des circonstances normales. Mais qui avait dit qu'une maladie comme la sienne était 'normale' ?
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MessageSujet: Re: Au dos du McDo [demi-lune]    Lun 1 Nov - 8:24

"Je ne suis pas folle."

Eths - NaOCl


Il arque un sourcil. C’est tout ce que Nao se contente de faire lorsque l’étranger se met une claque lui-même. Il doit être fou. Voilà tout ce qu’il se dit. Rien de plus, rien de moins. Qu’il est encore tombé sur un taré. Après son inconnu dans la ruelle qui tend le cul devant la moindre excitation, le voilà qui se retrouve à parler à un paumé d’la vie qui ne trouve rien d’autre à faire que de s’auto-flageller en pleine rue et à gueuler les mots incohérents et tout aussi fous que lui. Alors l’insecte ne fait qu’arquer un sourcil. C’est tout. Il voulait le faire réagir et, apparemment, il avait touché la bonne corde. Celle bien sensible, qui bouffe l’esprit de quelqu’un sur plusieurs années, jusqu’à le détruire à l’usure. Et s’il était l’élément déclencheur, il trouvait cela tout simplement jouissif. Comme quoi, il lui en fallait peu. Alors que l’autre se lève, le monstre, lui, reste sagement assis. Il pose sa joue contre sa paume, après avoir appuyé son coude sur son genou, puis il regarde l’inconnu, comme s’il n’était rien d’autre qu’un spectacle de rue, ennuyeux à en mourir. Il sourit au "bordel". En fait, ça lui allait superbement bien de cracher un peu, même au milieu de ses phrases outrecuidantes. Ça variait les plaisirs.

Complètement taré. Nao se lève tranquillement, soupirant dans le même temps. Il cherche dans ses poches, surveillant du coin de l’œil que l’autre ne lui saute pas dessus, s’il pensait qu’il allait sortir une arme ou toute autre connerie. Il prend son paquet de clopes et en sort une jumelle. Il range tout ça et se met à chercher son briquet. Quand il le trouve enfin, il l’actionne une fois dans le vide. Ce n’est que pour incendier son bâton de nicotine qu’il lâche l’inconnu des yeux. Il tire une première latte, range le feu et prend sa cigarette entre ses deux doigts. Là, il reporte toute son attention sur le gars, s’appuyant contre le mur, en face de lui. Un sourire moqueur ourle ses lèvres, alors il recrache lentement, par le nez, la fumée précédemment inhalée. Il pourrait le tuer aussi. Mais le laisser vivre avec sa panique, sa folie est largement plus tentant. Au lieu de ça, il pourrait accroître sa peur, jusqu’à ce qu’il se pisse dessus ou qu’il en devienne carrément dingue. Même s’il est déjà sérieusement atteint là.

Il incline la tête sur le côté, avec l’étrange sensation que la tension qui noue le corps de son voisin essaye de s’emparer farouchement du sien. Comme si sa folie était une maladie qu’il pouvait contracter. Il inspire et fronce les sourcils. C’est pas dans mes plans. Nao tire une nouvelle fois sur sa clope, retenant la fumée une demi-minute, pour la recracher en faisant des petits ronds. Pourtant, il ne quitte toujours pas son nouvel acolyte de passage des yeux. Dernière tirade. Il se redresse, quittant le mur d’un coup de rein qui oblige ses épaules à le suivre. Il fait un pas en direction de l’autre, veillant bien aux réactions de son corps. Il n’a vraiment envie de se faire frapper.

"Apprends que ma vie est déjà un enfer."


Espèce de taré. Nouvelle latte sur le bâton de nicotine qui semble être le seul à vouloir fuir cette conversation, puisqu’il ne fait que rétrécir à chaque seconde. L’insecte soupire et, l’instant d’après, le voilà qui plaque l’inconnu au mur. Il calle son genou entre ses jambes, le bloquant partiellement. Il ne prend pas la peine de bloquer ses poignets. Au fond de lui, il a le sentiment que ce type ne fera rien. Parce que, certes, il semble être une ombre de sa folie, lui l’insecte. Mais, il fait aussi considérer qu’il peut lui apporter un tas de réponses à ses questions, qui seraient certainement bien plus efficaces que ces médicaments. Enfin, s’il daigne répondre à ses questions, bien sûr. Ce qui n’est pas moins sûr. Nao lâche un rire bref et sans joie, prenant le visage de son voisin entre son pouce et son index. Dans le même temps, il tire sur sa clope, recrachant la fumée vers le bas, pour ne pas incommoder l’autre. Il ne prend pas soin de lui, loin de là, il se dit juste qu’il ne va peut-être pas verser la dernière goutte d’eau qui ferait déborder le vase si tôt et si vite. Surtout pour nourrir simplement son besoin de provocation. Ce n’est pas quelque chose d’indispensable avec des gens comme celui à qui il faisait l’horreur de tenir compagnie.

"Les médocs t’aident à te voiler la face sur l’existence de démons ?"


Temps de pause. Il humecte ses lèvres, affichant un sourire famélique à vous glacer le sang.

"Je ne suis pas le fruit de ton imagination."


Il se décolle alors d’un coup, lâchant enfin le visage du blond. Il tire une dernière latte sur sa clope, avant de la jeter un peu plus loin, recrachant la fumée. Il place alors ses bras en croix, de chaque côté de son corps, comme s’il rendait les armes. Son sourire ne change pas, restant toujours aussi pervers. Tout son corps se tendait devant cet inconnu. Son regard devient progressivement translucide et lorsqu’il murmure ensuite, il sait que l’autre peut entendre sa voix siffler.

"Je suis bien trop réaliste pour être simplement une hallucination."


Et c’est vrai. Remarquez : lorsque vous rêvez, votre subconscient ne s’attarde pas sur quelque détail. Comme la cravate de votre mari qui traine au sol, le nœud à moitié défait, ou encore les moutons de poussière sous le lit, ou alors le doudou de votre enfant qu’il a laissé le matin, lorsqu’il est venu vous réveiller. Voyez ? Nao ne peut pas être quelque chose qui sort de son imagination : les détails sont bien trop présents. Les yeux, les mains manucurées, l’odeur de tabac froid mêlé à celui de clope fraichement consumée, sa dreadlocks, ses sourires ignobles… Tout ne pouvait être que réel. Il laisse ses bras retomber le long de son corps, dans un claquement mou, en tout cas, moins énergique que la claque que l’autre s’était infligé seul. Il recule, jusqu’à ce que son dos rencontre le mur, où il s’adosse de nouveau, après avoir enfouit ses mains dans ses poches. Et maintenant ?
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Au dos du McDo [demi-lune]
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